12 octobre 2008
Pater
Paris - 2008
floue, mais comme un drôle d'air de déjà vu
14 mars 2008
Dr. A
Naples en déconnant - 2007
09 janvier 2007
Requiem pour un Chef
Sur la porte du service de scanner était fixé une pancarte de lettres capitales noires sur fond doré, une plaque solennelle : « Ne pas déranger les médecins ». Nous entrons. « Hé, tu connais la différence entre Dieu et un médecin ? Dieu ne s’est jamais pris pour un médecin… ».
D’abord une salle avec des carrelages et des tableaux de néon où une jeune femme en blouse blanche rédige un compte-rendu, une radio accrochée à l’écran devant elle. Puis au bout d’un couloir d’autres blouses blanches sont assis devant six ou sept écrans plats disposés sur trois bureaux dans la pénombre, dictaphone en main, tripotant leurs souris pour naviguer dans les coupes. Nous posons nos affaires et attendons. Une vieille blouse blanche chauve finit par nous faire approcher d’un des écrans pour nous demander ce que nous en pensons. C’est une coupe des poumons, on distingue les vaisseaux du médiastin et le parenchyme pulmonaire. Qu’est-ce qu’on y voit ? Il y a quelques nodules, diffus oui, assez petits et irréguliers. Comme toujours il nous pousse vers les réponses. Au bout d’un moment il est temps de conclure, d’autant que ce n’est pas lui qui va s’occuper de nous, alors il lance Diagnostic ? C’est quoi, c’est des abcès ou…il sourit légèrement. Non bien sûr, ce ne sont pas des abcès, je vous dis ça pour que vous réagissiez. Cancer bien entendu, et là yen a partout regardez. Il fait des gestes amples, comme un pantomime. Ça vient du vagin. Ça, ou bien on l’enlève et c’est bon, ou bien il en reste et ploufploufplouf, ça en fout partout. Et là la chimio ça sert pas à grand-chose…Regardez, ploufploufplouf. Il nous sourit et puis s’en va.
Le chef arrive. Sa blouse est ouverte, sa chemise dans son pantalon noir avec sa ceinture en cuir et ses chaussures lustrées, flotte sur un ventre que l’on devine à sa taille, et le col de sa blouse n’est qu’à moitié relevé, signe qu’il a oublié de le remonter depuis qu’il a enfilé sa pelure ce matin. C’est un chef qui remonte ses cols de blouse. Il nous fait passer dans la petite salle attenante d’où l’on contrôle le scanner derrière une vitre, et il commence à se plaindre que les services ne comprennent pas qu’ils doivent s’occuper de tous les malades de l’hôpital et qu’il faut une logistique, que certains malades ne sont pas des urgences. Bon. Pendant ce temps le téléphone sonne. Il ne répond pas, et ça dure, un bruit qui casse les oreilles. Une infirmière arrive alors en courant d’installer un patient sur la table et répond. Sa petite voix l’interrompt : « C’est pour vous… ». Il prend le téléphone Vous voyez c’est la folie, et répond qu’il donne cours, qu’il ne peut pas faire deux choses en même temps. Quand il a raccroché il nous montre les brancards dans la salle d’attente : « Alors pour tout organiser il faut les rendez-vous, et puis vous voyez les malades sont sur des brancards…et les brancards ça se pousse pas tout seul. » Alors il se plaint des brancardiers. Le téléphone sonne et re-sonne, et plusieurs fois l’infirmière ou l’infirmier viendront répondre puis le lui passer. Derrière les autres blouses continuent dans la pénombre devant leurs écrans. Après il faut les interpréter les scanners, et on a une interne et un médecin qui s’occupent de ça. Un vieil homme entre dans la cabine. Le chef s’interrompt pour l’observer, Dis donc il est maigre lui ! Et ben… Il nous mène devant les consoles, sort un fichier au hasard et fait défiler le scanner. Vous voyez on peut calculer la taille, la densité, faire tous ces plans de coupe, et la reconstruction en relief, avec différentes fenêtres, oulà elle a une belle prothèse mammaire celle-là. Nous changeons d’ordinateur. Sur le bureau à gauche un médecin est assis avec un dictaphone. Il est seul et noir, sûrement un stagiaire. Le chef fonce et croise son bras devant lui pour attraper la souris : « Pardon mon ami ». L’autre se lève brusquement, manque de tomber, et lui laisse la place. Il restera longtemps debout, sans savoir quoi faire. Pendant qu’il fait défiler des images le chef parle aux autres sans les regarder, Vous en êtes où les bosseurs ? Haha. Il navigue un peu dans les cas, mais beaucoup ont été effacés et ça le met en colère. Il veut nous emmener dans une autre salle pou nous montrer une autre modalité, mais une malade ne veut pas prendre son traitement (injection ?). Il demande à l’infirmière s’il n’y a pas quelqu’un pour s’en occuper. Il cherche. Finalement il y va. Il revient et nous emmène dans la salle de conférence. Il allume un autre ordinateur, mais son téléphone sonne. Non madame, vous m’avez déjà appelé mais il faut appeler ma femme, c’est à elle la voiture, vous êtes de la Matmut c’est ça ? Je peux pas vous parler je suis en train de donner un cours à des étudiants madame, oui c’est ça au revoir. Il ouvre un programme et lance une exploration dans une reconstruction virtuelle de côlon, comme si un petit vaisseau spatial volait à l’intérieur. « C’est la Rolls Royce de l’imagerie ça ! ». Et puis pareil, densités, distances, etc…
Quand on rentre chercher nos affaires, il faut qu’il signe nos papiers. Les deux filles passent en premier : « Ah, les filles d’abord, c’est bien les garçons, z’êtes bien dressés, haha ! ».
Ce soir en
rentrant chez moi un couple avec leur petit gamin m’ont croisé, et le gamin
disait Moi j’aime pas aller chez le docteur.
Paris - 2006
01 décembre 2006
Il ne faut pas qu'aimer
A la fac Martin Winckler vient faire une conférence sur la contraception. Il parle de la sexualité de façon tellement heureuse et éclairée. Bien que n’abordant presque exclusivement que ses dangers, ses lunettes rondes et sa voix de confidence nous rassure dès le début : « Baisez mes enfants, baisez ! ».
Durant les deux heures de discussion qui ont suivi je me suis rendu compte de ce que la profession médicale a de particulier. Elle doit réaliser l’alliage de l’art profondément scientifique qui la compose à une compréhension de l’humain que nous nous tenons d’apprendre rapidement. Si bien dans la quasi-totalité des professions il existe cette confrontation aux relations humaines, leur maniement est fondamental en médecine.
Il nous a raconté plus d’histoires de patients que d’habitude, plus d’humain. Et curieusement, le fait de calmer un peu le scientifique a marqué l’importance de cette dernière part de la médecine: il faut aussi honorer cette science qui nous assomme, une masse qui étouffe, toutes ces heures et tous ces volumes, parce que c’est ça, la médecine, et pas seulement l’éthique, le don de soi et être gentil avec le patient.
Mais dans quoi me suis-je engagé ? L’éducation scientifique est critique et l’information est partout incomplète. A toutes ces heures indigestes il faut en ajouter d’autres pour lire leur contraire. Un étudiant vient me voir en prenant comme Martin Winckler un air révolté, mais auquel il ajoute de l’héroïsme. On ne nous enseigne pas à chercher dans d’autres sources, c’est une grosse lacune, me dit-il, puisque de nombreux journaux pour cliniciens sont abordables et pourraient nous aider à tempérer nos cours. Lui connaît beaucoup de journaux que l’on pourrait prendre. D’ailleurs, il a lu l’autre jour un papier sur un dysfonctionnement thyroïdien et il s’est dit que ça lui permettait de réviser.
Mon autre leçon a été celle-là : même dans une assemblée qui nous emplit de bonheur par le don que l’on est prêts à réaliser, la tranquillité sera troublée par ceux qui veulent s’approprier les idées et l’amour que l’on partage. La médecine nous rabaisse terriblement : intellectuellement parce que l’on n’est plus le premier de la classe, et humanitairement parce que l’on est pas le seul à aimer les gens. Et je crois que ça, c’est indispensable de l’accepter. Il faut accepter l’idée de mourir, sinon on meurt.
03 mai 2006
Instantanée
Paris - 2006
28 mars 2006
Explications
Paris - 2006
09 mars 2006
Dissection
Paris - 2006




