30 juillet 2006

Nous étions lycéens

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La route que j’aime et nos lunettes de soleil. Nos coiffures ont changé sur nos yeux endurcis, son corps est musclé et son rire a le mouvement d’un enfant. N. réussit dans la vie, sera bientôt sûrement riche, aime ceux qui l’entourent, ne se prend pas la tête. Il ne connaît pas le départ, il a encore peur de beaucoup de choses et se débat de la vie s’accrochant à ce qu’elle est sur le point de lui faire perdre. Tandis qu’il me parle je le vois bientôt souffrir et je le vois se faire adulte. Son chemin, son autoroute. Sa sortie est-elle plus proche que la mienne, ou roule-t-il plus vite ? Il caresse ses surprises, les miennes ne sont qu’après l’horizon. C’est un détail mais nous découvrons l’un et l’autre notre connaissance du suc parfumé des sciences fondamentales. Commentaire envolé, pendant qu’elle dort.

S. est libre et ne comprend pas pourquoi le monde se devrait d’être compliqué. E. préfère lui faire croire qu’elle ne comprend pas que le monde soit compliqué, c’est peut-être la seule certitude qu’il ait. Mais elle s’en fiche et sort se sentir seule. Nous nous rejoignons parfois dans cet amour à cultiver ce que nous ne serons pas.

E. sait, lui, et cultive tout autre chose. P. ne cultive rien du tout et son immobilité le fait vivre parce qu’il est fort. Il est drôle. Il est très espagnol, dur et tendre, m’accueille avec amitié et est silencieux pour qui sait l’entendre. Son amitié avec S. est insolite, tissée du lien que nourrit la différence. Curieux couple, Belle et Bête s’échangeant pêle-mêle leurs costumes dans un bal privé, petits souliers au propriétaire incertain dansant sur le pied de l’autre qui le soutient. Il parle de lui, se confie le soir sur la plage.

C. est sec, on le sent s’éloigner dans un sourire, tituber dans son humour absurde. Il devient un homme distant mais peut toujours compter sur E., c’est son meilleur ami.

N. sort secouer la nappe. Nous avons mangé ce que chacun a préparé, mosaïque de couleurs pour le palais, avec ce qu’on a, à s’affairer dans la cuisine chacun derrière son idée. L’herbe est sous le soleil, la maison est grande. La nappe bat doucement des ailes le léger vent des plaines désertes qui entourent le village. Elle est étudiante en médecine. Nous discutons, nous sourions. Le soir tellement de fois bonsoir avant de continuer à discuter. Je suis étudiant en médecine mais ce n’est qu’un détail. C’est intriguant pour les autres, et les questions fusent, choses qui font plaisir, choses qu’il faut supporter. Il naît notre étrange pouvoir.

Se retrouver me donne le goût d’une ville. Voyager distille nos bagages pour ne garder que nos âmes. Les photos ont changé, c’est brusque, ce n’est pas un film ce sont des retrouvailles. Chacun se mène plus loin. Je rêve à me réserver un étonnant plus loin. Je rêve à pouvoir perpétuer nos distillations à des kilomètres de vies, des lieues de regards et des coulées de surprises. Devenir étranger.

Posté par Logan à 04:48 - - Commentaires [3] - Permalien [#]


Commentaires sur Nous étions lycéens

  • Le temps qui court.

    Posté par le bleu du ciel, 07 août 2006 à 16:03 | | Répondre
  • Et qui m'étonne toujours

    Posté par Gan, 12 août 2006 à 18:59 | | Répondre
  • Vieillir nous abîme et creuse nos questions. La vie est incompréhensible.
    Ton texte à touché la corde qui m'est sensible en ce moment.

    Posté par kitty78, 16 septembre 2006 à 11:20 | | Répondre
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